Objectif Mont-Blanc

ILS NOUS SOUTIENNENT


  • Gosport










LA CORDÉE

  • Valentin Bentz
  • Christophe Ginisty
  • Eric Litzler
  • Fred de Mai

CONTACTEZ-NOUS

  • contact@objectif-montblanc.com

Catégories

  • Après coup
  • En direct du Mont-Blanc
  • Photos
  • Podcast
  • Préparation physique
  • Soutien
  • Vidéos
  • À propos...

AVANT-GOÛT...

  • Le site officiel de la vallée de Chamonix
  • La webcam du Mont-Blanc
  • La Compagnie des guides de Saint-Gervais
Blog powered by TypePad

STATS


Mon Mont..... Gris ? (3/3)

Epilogue
Je viens d'échouer dans ma tentative. Valentin et Eric doivent en être tout proche. Je passe de longues heures à réfléchir, face au soleil, sur la balustrade du refuge du Goûter. Je suis seul, je ne veux parler à personne sinon qu'à moi. J'adresse quelques SMS a mes proches pour leur faire part de la nouvelle : j'ai dû abandonner mais tout va bien.

Je suis fier et orgueilleux. Ils le savent. J'imagine leur tête en recevant mon message. Ils doivent penser que je suis mal, très mal. Ils savent aussi que je n'aurais jamais abandonné si ce n'était pas réellement au-dessus de mes forces. Je reçois leurs réponses. Ils me félicitent pour ce que j'ai fait. "Tu es allé au bout", "Ce que tu as déjà gravi est exceptionnel", "Nous sommes fiers de toi". Oui, mais suis-je fier de moi ? La réponse, c'est Auguste qui va me la donner.

AugusteJe rentre dans le refuge. Je m'assois à une table du réfectoire et Auguste vient me rejoindre. Son regard est aussi chaleureux que le foyer d'une cheminée. Il me regarde droit dans les yeux et me propose, si je le souhaite, d'entamer une discussion. Je le souhaite. Il me parle de sa vie, de l'ascension, de son métier de pisteur aux Arcs 2000 l'hiver, de ses 54 ans, de son enfance, de ses enfants, de ses Mont-blanc. Il me parle du sens de l'effort, de l'entraînement, de la réalité, la dure réalité dans laquelle te plonge la Montagne, du guide qui vient de mourir la veille et qu'il connaissait bien. Il m'offre un verre de Genépi. Il me parle comme à un ami. Par ses mots, il me fait retrouver pied et toucher une forme de vérité qui me libère de l'obsession de cette ambition du Mont-blanc.

L'échec que je viens de vivre devient une étape, un passage, une anecdote. Rien d'exceptionnel là-dedans. Si j'ai envie, on y retournera et on y arrivera. Et puis c'est tout. Je réalise que s'il est essentiel de se fixer des objectifs dans la vie, il est vital de ne pas en être esclave.

Ma pensée se libère. Celui qui me confesse n'avoir pas fait beaucoup d'études parce qu'il était fainéant m'offre la possibilité de comprendre le sens de ma démarche par quelques paroles sages. Je n'ai pas atteint cette fois-ci les 4.808 mètres du plus haut sommet d'Europe, mais je me suis mis en marche pour y parvenir. L'entraînement que j'ai suivi, la plus grande hygiène de vie que j'ai observée, tout cela m'a élevé vers ce sommet et c'est tout sauf inutile. La douleur que j'ai ressentie, la tristesse du renoncement et la crainte des effets sociaux de cet échec m'ont beaucoup appris sur moi-même. Tout cela doit être maintenant transformé en énergie positive. Si je ne peux pas me satisfaire de ne pas être allé au sommet, je suis heureux à nouveau d'être là et d'avoir effectué ce chemin, impensable il y a encore quelques mois.

Les heures qui vont suivre vont être consacrées à l'attente de nos camarades. Nous avons dîné. La plupart des gens sont déjà au lit car le réveil du premier service est prévu à 2h00 du matin. Il n'est pas question que nous allions nous coucher sans attendre Valentin, Eric et Michel. L'attente est longue et je commence à m'inquiéter. 21h00 : ils arrivent enfin. Ils sont exténués. Leurs regards sont absents. ILS ONT REUSSI !!! Mes potes ont réussi ! Je suis fier pour eux, sans la moindre arrière pensée, sans la moindre aigreur, sans la moindre jalousie. Je ne suis que fier.

La fin de l'expédition sera merveilleuse. Nous redescendons la falaise de pierre avec une décontraction stupéfiante. Valentin m'impressionne par son sang froid. Eric est le prince de toutes les descentes. Même si je me tors violemment la cheville à quelques encablures de Tête rousse, blessure qui me forcera à descendre dans la vallée au rythme d'un vieillard impotent, je respire, je profite et la découverte du "culing" (la descente les glaciers sur le cul, sur une luge imaginaire) me transporte de joie, comme un gosse au manège.

Nous retrouvons Fred tout en bas. Ses parents sont venus de Lyon pour le soutenir et le réconforter. Nous rendons le matériel de location, nous nous changeons rapidement puis nous déjeunons tous ensemble une sublime entrecôte avant de nous séparer. Je sers la main d'Auguste avec une intensité particulière. Je ne l'oublierai pas.

Objectif-Mont-blanc c'est fini. Ces trois jours auront été exceptionnels et je m'en souviendrai toute ma vie. Eric, Fred et Valentin sont trois mecs superbes avec qui je serais prêt à repartir demain s'il le fallait. Moi je reviendrai et je remonterai au sommet avec Auguste. Il m'a écrit hier pour me dire : "je serai là pour ce voyage".

Maintenant j'en suis certain : I believe I can fly ! Je sais surtout pourquoi.

Rédigé par Christophe Ginisty le 07 juillet 2006 | Lien permanent | Commentaires (11) | TrackBack (0)

Mon Mont..... Gris ? (2/3)

Deuxième jour.
Dsc01915J'ai dormi comme un bébé. Couché immédiatement après le dîner, je n'ai même pas entendu le vacarme des quelques occupants de notre dortoir qui sont partis ce matin vers 4h00. Il paraît qu'ils ont fait un bruit insupportable. Je ne me suis pas réveillé. Il est 7h00. J'ouvre les yeux. Je ne sais pas encore si j'ai des courbatures. Je me lève. Je n'en ai pas. Tout va bien et je m'étonne moi-même de cette absence de contrecoup découlant de l'effort de la veille. Tant mieux. Tout le monde se réveille en même temps. Nous sommes contents de nous retrouver. La salle du petit déjeuner offre un spectacle rare et remarquable à nos yeux encore embrumés : celui d'un océan de nuage (photo ci-contre). C'est au-delà du beau. Nous sommes hors du temps, hors du monde. C'est la première fois que je prends conscience de l'altitude. Ce qui est étrange, c'est que l'altitude me saute aux yeux au moment même où elle nous isole du bas.

Michel et Auguste sont souriants et sereins : ils nous annoncent que le temps est magnifique, qu'il n'y a pas de vent, qu'on va monter tranquillement au refuge du Goûter. Fred va redescendre. Je m'inquiète pour lui. Je n'aime pas les équipées qui se séparent. J'ai un goût amer en bouche. Je lui fais promettre qu'il ne tentera pas la descente en solo. Il évacue d'un signe et acquiesce : "Ok, Ok, je vais attendre que des gens descendent et les accompagner". Je sais qu'il ment. C'est une tête de mule. Je parie qu'il va braver le danger.

Dsc01934Nous mettons nos crampons puis nous nous éloignons doucement du refuge. Fred tient à nous accompagner quelques mètres pour nous prendre en photo. "C'est pour le blog" nous dit-il. Les guides s'impatientent. Nous faisons rire Auguste qui s'étonne d'être à ce point confronté à la virtualité des nouvelles technologies dans un monde montagnard bien réel. Devant nous se dresse un mur de cailloux de quelques 600 mètres. Tout en haut de celui-ci, on devine au loin notre objectif : le refuge du Goûter. C'est surréaliste. Moi qui avait toujours pensé qu'il était dangereux de regarder en bas, je prends conscience qu'il est finalement beaucoup plus périlleux pour le moral de regarder en haut. "Mais comment peut-on monter ça ? Comment vais-je pouvoir en venir à bout". Ca parait tellement inaccessible, l'environnement a l'air tellement hostile que je divague totalement tout en me mettant en marche avec résignation et courage. Je suis heureux d'entendre Eric et Valentin exprimer les mêmes craintes. Nous mettons près de 3 heures à en venir à bout. Eric est impeccable, Valentin domine ses angoisses liées au vertige. Je suis cassé en deux mais pourtant je continue à monter inexorablement et si je trouve l'effort intense, je ne suis toujours pas au bout de mes forces. Ce que nous vivons ensemble s'intensifie et devient unique. Je regarde vers le bas : j'ai réussi à monter l'improbable, ce que je considérais encore il y a quelques heures comme impossible. Je suis heureux.

Le temps est sublime, la météo parfaite. Auguste nous félicite pour la qualité de notre effort. "Moi, je trouve que vous êtes bien... Vous vous en êtes bien sortis et pourtant, je vous avais prévenu, c'était casse pattes". Ce compliment me réchauffe. C'est encourageant. "Moi je pense qu'on peut monter au sommet cet après midi... Hein Michel ? Tu en penses quoi ? Ils sont bien, non ?". Michel est d'accord. J'avale ma soupe sans dire un mot. J'étais rassuré, me voilà inquiet. Alors c'est aujourd'hui que nous allons tenter le Mont-blanc. Je suis sans voix. Eric et Valentin jubilent. Je ne partage pas leur excitation mais je garde mes doutes pour moi. Pourquoi douter alors que le guide lui-même me trouve bien ? Je ne sais pas si l'effort du matin sera digéré. Nous partons pour 6 à 7 heures de plus. Après tout on verra. C'est vrai que le temps est propice. Puis les deux autres sont si sûrs d'eux qu'il n'est pas question une seule seconde que mes doutes viennent perturber leur ardeur. J'irai au sommet. Je peux le faire.

Nous partons tranquillement. Les mêmes cordées que celles du matin. Je marche derrière Auguste, Eric est derrière moi. Je lève la tête, le Dôme du Goûter nous écrase de sa blancheur immaculée. Je devine les traces que nous allons emprunter. C'est sublime. C'est super raide. A nouveau, il n'est pas conseillé de lever les yeux vers l'objectif. Mes yeux s'abaissent et s'accrochent aux talons de mon guide.

Les deux premières heures sont un calvaire. Je n'arrive pas à prendre le rythme. Je n'ai pas mal aux jambes, mes muscles répondent à chaque sollicitation mais je n'arrive pas à respirer et j'ai super mal à la tête. Le souffle est court alors qu'il devrait être profond. Le pas est saccadé et heurté alors qu'il devrait être lent et régulier. Nous sommes à environ 4.000 mètres. Mon guide m'entend souffler, m'épuiser, il me sent au bout de la corde qui nous relie et qu'il tient dans sa main pour mieux sentir celui qui est dans son dos. Et puis soudain le drame : "Dis Michel, on va changer les cordées. Tu vas prendre les deux jeunes avec toi, moi je vais monter avec Christophe". Je suis effondré. Au lieu de me rassurer, cette décision pourtant légitime et ô combien compréhensible me brise le moral. Auguste défait les noeuds. Eric et Valentin sont tétanisés et je sens qu'ils arborent un silence compassionnel qui en même temps de me rassasier par l'amitié qu'il véhicule me gêne au plus haut point. Nous savons tous à cet instant que je ne vais pas pouvoir y arriver mais personne n'ose aborder l'idée même de mon échec. Je repars en avant, je continue l'ascension. Ils me doublent et prennent quelques mètres d'avance. Voilà, ils sont 50 mètres devant moi. Valentin m'encourage : "Allez Christophe". Ils sont bien dans le rythme et filent vers leur rêve. Je suis dans le rouge, je n'ai plus le moral.

Maintenant qu'ils sont loin, je prends la décision d'arrêter. Maintenant qu'ils sont loin, mon abandon de les freinera pas. Je ne voulais pas qu'ils soient à côté de moi à cet instant précis. Nous sommes à 4.200 mètres. Je n'irai pas plus haut. Pas cette fois.

Trois heures plus tard au refuge. Je suis seul. Je repense à ma journée. Je contemple la vallée. Mon iPod sur les oreilles se cale par hasard: "I believe I can fly, I believe I can touch the sky... I think about it every night and day... I spread my wings and fly away..." (je crois que je peux voler...je crois que je peux toucher le ciel...j'y pense chaque jour et chaque nuit ... je déploie mes ailes et je m'envole). Putain de chanson ! Putain de hasard !

Je suis triste et je pleure en silence.

Rédigé par Christophe Ginisty le 06 juillet 2006 | Lien permanent | Commentaires (9) | TrackBack (0)

Mon Mont..... Gris ? (1 / 3)

Avant toute chose, je veux dire à quel point le récit de mes camarades m'a touché. Ils ont trouvé les mots justes. Je peux vous assurer que leurs expressions sont réelles. Elles sont tellement vraies que je les avais déjà lues dans leurs yeux. Du coup, ces récits ont provoqué chez moi un sentiment mêlé d'émotion de d'envie de vous raconter Ma vision de l'expédition. J'ai été dans l'incapacité de faire court tellement ce fut intense et inoubliable, aussi vous raconterais-je mon éxpédition en trois temps, et pardon à l'avance de monopoliser cet espace.

Premier jour.
Nous faisons la route depuis Paris. Je donne rendez-vous à Eric Porte d'Orléans. Il arrive, radieux et enjoué malgré les 5 heures du matin. Sa ravissante muse a fait l'effort de se réveiller pour l'amener à notre rendez-vous. Nous allons chercher Fred à sa porte. Nous embarquons pour 600 kilomètres d'une route paisible et bavarde. Ils ne le savent peut-être pas, mais j'accorde une très grande importance à ces premiers moments. Je sais que nous allons vivre trois jours ensemble, que nous allons devoir surmonter des épreuves inévitables. En les écoutant parler, je suis rassuré. Je les aime et ce sont des mecs bien. On ne fait pas que plaisanter et papoter sur les innombrables blogueurs qui ont parié qu'un "gros" de 42 ans comme moi n'irait pas jusqu'au bout, on apprend à se connaître, se sentir, s'apprécier en confiance. Tout va bien. Ma famille aimante s'est émue en me voyant partir ce matin. Ils ont peur pour moi. Je ne ressens pas la peur. Je n'ai jamais peur. C'est un sentiment qui m'est étranger (merci Papa, merci Maman). Depuis quelques heures, je suis heureux de voir que mes deux compagnons de voiture sont à la hauteur.
Nous arrivons plus tôt que prévu à la station des Houches. Il fait un temps magnifique. Le ciel est insolemment bleu et nous invite vers le haut. Nous louons le matériel au pied du téléphérique. Le vendeur est gentiment rougeot et affable. Valentin arrive. Nous sommes au complet, si heureux de nous retrouver. La cordée est prête. Un détour vers le distributeur de billets, un autre vers une sandwicherie qui ne comprendra jamais lequel de nous veut de l'huile d'olive ou de la mayonnaise, puis nous nous habillons après avoir salué l'arrivée de Michel, premier sur le parking. Un regard clair, des yeux qui ne mentent pas, la modestie naturelle de ceux qui ont connu les éléments, les vrais. Nous embarquons dans la cabine du téléphérique. Fred plaisante avec la charmante opératrice qui nous emmène à 1800mètres. Je devine qu'elle en voit des tonnes et qu'elle doit nous prendre pour des "branleurs". Je reste silencieux. Je ne sais pas ce qui m'attend.
Les premiers mètres de randonnée sont émouvants. Nous y sommes. Nous croisons quelques promeneurs qui nous souhaitent une bonne montée. L'un d'entre eux manque de m'écorcher le bras avec la pointe de son piolet qui dépasse un peu trop de son sac. Il n'y a que le t-shirt qui a pris, un accroc franc et béant. Je marche sereinement lorsque rapidement Fred devient le point de focalisation de ces premiers mètres. "Que lui arrive-t-il ?" Il est violet, transpirant, dégoulinant, ne trouve pas son souffle. Il peine et ne fait pas semblant. "Nous n'irons jamais au bout", me dis-je en moi-même. Fred est mal. J'ai mal pour lui. La jeunesse d'Eric trépigne d'impatience. Il est d'abord excédé de cette défaillance précoce avant de compatir comme nous le faisons tous. Je sais que Fred ne s'est pas entraîné. Il n'a pas voulu s'entraîner. J'ai ma théorie. Il a voulu se prouver ce qu'il valait sans entraînement, dans un monde où l'entraînement ne serait qu'un artifice pour masquer la vérité. Quelle vérité ? Il a voulu se tester et se faire mal. C'est héroïque mais en même temps tellement inutile. J'ai de nouveau mal pour lui. C'est fois-ci c'est ma tête qui souffre pour mon camarade défaillant.

Le groupe se dissocie une première fois. Auguste, le deuxième guide, décide d'accompagner Fred à son rythme. Eric, Valentin et moi partons avec Michel à la conquête du premier refuge. Je pense à Fred, je pense à Fred, je pense à Fred... Nous grimpons tranquillement. Assez lentement mais je ne ressens aucune gène particulière, ni physique ni psychologique. Je suis heureux de ne rien sentir d'autre que la fierté d'être là, aux prises avec ce spectacle grandiose. Michel m'apprend un nouveau pas : "Marchez lentement, ne levez pas trop vos jambes, marchez comme si vous étiez fatigués, faites de petits pas, réguliers, sans choc... faites comme si vous étiez fatigués". Je suis fatigué. Levé à 4h30 du matin, insomniaque depuis 3h00, 6 heures de route, quatre heures de montée ininterrompue. J'ai hâte d'arriver au refuge, de voir à quoi ça ressemble un refuge. "Cominsco a sentire la fatiga...C'est possible, votre ami, ne pas regarder ?" Je repense à cette scène mythique des Bronzés font du ski. Ca me fait sourire, c'est plus fort que moi. Nous arrivons enfin à Tête Rousse. Belle montée. Bel effort. J'ouvre la porte du réfectoire. Des dizaines de personnes sont attablées et dégustent un plat de viande en sauce accompagné de pates. Je ne pense plus qu'à ça : manger. Je sais qu'il faudra que j'attende le prochain service dans une heure. Je déteste attendre, je ne sais pas attendre. Je sors dehors, j'ouvre mon téléphone portable pour contacter mes proches et les rassurer. Je me sens tellement bien et je suis heureux. J'ai réussi cette première ascension. Je suis en pleine forme.

Fred arrive enfin. Je ne sais pas quoi lui dire. J'ai envie de l'étreindre pour le féliciter d'être arrivé ici. Je n'ai pas envie d'en faire trop. Je sais qu'il doit souffrir. Je sais qu'on a parfois besoin d'être seul pour souffrir.

Vivement le dîner, vivement la nuit, vivement demain.

Rédigé par Christophe Ginisty le 04 juillet 2006 | Lien permanent | Commentaires (11) | TrackBack (0)

Impressions visuelles

Elle est tout d'abord boisée, verte et bigarée,
Elle devient fleurie aux couleurs infinies,
Et jusqu'aux paturages, elle déploie son ramage.
Elle nous parait docile, on pourrait la croire fragile,
Et l'on veut grimper encore pour mieux se l'approprier.
Viennent alors les paysages lunaires puis les vestiges de l'ère glaciaire,
La pente est vertigineuse, la respiration laborieuse,
La grande dame nous remet à notre place pour nous faire plier devant sa grâce.
Pour quelques élus, elle se mettra à nu,
Mais pour atteindre sa cime, il faudra payer la dime,
Redoublant d'efforts, repousssant ses peurs et abandonnnant son corps,
Se dépasser pour l'espace d'un instant, la dominer.
101_0728
Quand à moi, j'ai renoncé car la dame, il faut mériter

Fred de Mai

Rédigé par FdMai le 04 juillet 2006 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Mon Mont-blanc

Autant vous prévenir tout de suite, si un possessif est utilisé dans le titre, c’est pour une bonne raison. Je vais vous parler de « Mon » Mont-blanc, de la façon dont « Je » l’ai vécu. Nous étions quatre, mais il y a certaines choses que l’on ne partage pas, que l’on vit seul, et voilà ce que je tente de vous retranscrire ici.

L’ascension du plus haut sommet d’Europe était un rêve que je caressais depuis longtemps, mais jusqu’à il y a un peu plus de trois mois, je n’avais pas encore osé me lancer. Depuis le départ du projet, celui-ci a pris de plus en plus de place dans mon esprit et mon quotidien, que ce soit avec les entraînements (running, squash, natation, foot et même course de côtes…), la préparation de l’expédition ou encore les recherches de sponsors.

Les derniers jours, je n’ai plus pensé qu’à ça, et à cette envie de me dépasser pour arriver au sommet, ce besoin de faire taire ceux qui ne croyait pas en moi, tout en ayant cette petite angoisse omniprésente de l’échec.

Mb_1 Je vis la première étape plutôt sereinement, quelque peu inquiet pour Fred mais confiant à la vue de l’aisance affichée par Valentin et Christophe. Ravi d’être ici, j’apprécie les paysages splendides, tout comme les moments plus fraternels lors des pauses ou dans le refuge. Le silence est d’or, je laisse donc la parole aux experts, nos deux guides, Michel et Auguste. J’écoute avec attention de leurs anecdotes et autres petites histoires sur leur passion qui aujourd’hui nous rassemble, la montagne.

Une fois la décision prise de ne pas tenter l’ascension du Mont-blanc le lendemain, j’avoue que je ressens une petite déception. Nous qui sommes si près du but, il nous faudra encore attendre… Mais peu importe, le lendemain arrive très vite, ne nous laissant pas le temps de réfléchir.

C’est avec un pincement au cœur que nous laissons Fred au refuge. Je me retourne de nombreuses fois durant les premiers mètres, et je l’appellerai ensuite à plusieurs reprises durant l’ascension. A peine le temps de souffler, un nouveau choc nous attend. L’ascension du jour sera beaucoup plus compliquée que la veille, en tous cas techniquement.

Mb1_1Première grosse frayeur durant la traversée du « couloir de la mort », où je vois de loin les arrêts de Valentin et Michel pour éviter les pierres. Un regard vers Christophe, il ne semble pas les avoir vues, je ne dis rien mais je n’en mène pas large. Une fois le couloir traversé, l’ascension est un véritable bonheur, car j’apprécie beaucoup l’escalade. Le plaisir prend le pas sur la difficulté physique ou un potentiel vertige. Tout se passe bien jusqu’au sommet, à peine un léger mal de tête se fait ressentir, mais rien d’alarmant.

Après un potage revigorant au refuge, la phrase d’Auguste fait l’effet d’une bombe. Si tout se passe bien, dans 4 ou 5 heures, nous serons au sommet. L’excitation me gagne, je n’arrive même pas à remettre mon baudrier tellement je suis impatient à l’idée d’aller enfin au sommet.

13h00, c’est le départ. A nouveau encordé avec Christophe, la motivation se lit sur nos visages. En route pour le toit de l’Europe. Je me sens à l’aise, peut-être même un peu trop, mais je photographie tous ces magnifiques paysages, je m’adapte sans problème à notre rythme, je me sens bien.

Mb2_1 Petit à petit, Christophe semble marquer le pas, le mal de tête se faisant de plus en plus important. A ce moment-là se déroule un des événements les plus marquants de ces trois jours. Auguste, notre guide, appelle Michel, encordé un peu plus haut avec Valentin. « Dis, tu ne veux pas prendre les deux jeunes ? ». La décision est prise, les cordées vont être modifiées. Chaque pas qui nous rapproche de Valentin et Michel me semble plus dur. Alors qu’Auguste défait le nœud qui nous lie, lui, Christophe et moi, c’est un autre nœud qui se forme de plus en plus dans ma poitrine. Je n’ose pas regarder Christophe, car la situation est difficile. Je me décide finalement, et je l’aperçois les yeux rivés vers le sommet. Lui comme moi sommes arrivés à la même conclusion. Ce changement n’est pas un bon signe pour la suite de son ascension. Seul, il montera à son rythme, mais le cœur n’y est plus. C’est presque le début de la fin… Christophe et Auguste repartent tandis que Michel est encore en train de me rattacher à Valentin et lui.

C’est le cœur lourd que nous rattrapons puis dépassons Auguste et Christophe. Les messages d’encouragements son sincères pour notre camarade, pourvu qu’il arrive à nous suivre. Mais quelques dizaines de minutes plus tard, celui-ci nous annonce sa décision de faire demi-tour. Nous sommes à une cinquantaine de mètres de lui, et nous le voyons entamer sa descente, sans même avoir pu le réconforter… Il faudra attendre le refuge, tard ce soir.

Mb3 Nous reprenons l’ascension sans un mot. L’abandon de Christophe est un choc que je ne voulais pas accepter. Après la première journée et cette matinée passée encordée à lui, j’étais persuadé qu’il allait arriver au sommet. Le cerveau en ébullition, je n’arrête pas d’y penser. Ajoutez à cela les effets de l’altitude, je me sens de plus en plus mal. La pause au sommet du Dôme du Goûter est salvatrice. 15 minutes pour manger, boire et respirer. J’écoute et applique les conseils de Michel, adoptant un rythme de respiration lent et profond, mais ça ne va toujours pas mieux…

Une autre cordée nous rejoint, petit intermède dans leur descente. Les guides abordent une fois de plus le sujet de leur collègue disparu la veille. De conjectures en suppositions, ils finissent par se mettre d’accord sur le lieu probable de l’accident, à quelques centaines de mètres au-dessus de nous… Rassurant…

Le départ fut sans doute le passage le plus difficile. Je suis si bien allongé dans la neige. Mais voilà, impossible de faire demi-tour, cela signifierait non seulement mon échec, mais également celui de Valentin et donc de notre projet. C’est impossible, ne serait-ce que vis-à-vis de tous ceux qui nous ont fait confiance. Je me relève, la casquette vissée sur la tête, surmontée par la capuche de mon anorak, réduisant ainsi mon champ de vision au minimum. A partir de là, je ne vois plus qu’une seule chose, les traces de pas de Michel, dans lesquelles je m’évertue à placer les miennes, et cela aussi longtemps qu’il le faudra. Deux heures nous seront encore nécessaires pour atteindre les 4800 mètres, deux heures pendant lesquelles ma conversation est réduite au strict minimum

Mb4 Malgré la difficulté, l’arrivée au sommet me procure une joie indescriptible. Cela marque l’aboutissement d’un projet de trois mois, mais également d’un rêve de plusieurs années. Le temps passe, je suis ravi d’être là, le paysage est encore plus beau que ce que j’imaginais, j’ai la chance de partager ce moment avec Valentin et avec mes proches, puisqu’il est possible de téléphoner depuis le sommet. Je suis ensuite ravi de permettre à Valentin de partager à son tour ces moments avec sa belle…

Partis tard, nous sommes donc les seuls au sommet. A l’heure où d’autres mangent dans les refuges, nous profitons de la vue et de cette magnifique journée comme il n’y en a que très peu dans l’année (dixit : les guides).

Vient l’heure de la descente. Mon ascension difficile me vaut l’honneur de donner le rythme de la descente. Plus le temps passe, plus la respiration devient facile, et mieux je me sens. J’impose un bon rythme, au point de fatiguer Valentin et Michel. Nous nous accordons quelques pauses réparatrices, parfois très longues, puisque l’une d’elle dure plus de 20 minutes. Ces pauses retardent notre arrivée au refuge, mais peu importe, car nous savourons tous ces moments, parlant des uns et des autres, nous découvrant mutuellement, tout en jouissant d’une vue splendide sur les montagnes, la vallée et le soleil couchant.

Mb5 Tel un enfant devant son nouveau jouet, le sourire n’a plus quitté mon visage depuis le sommet. Les retrouvailles sont chaleureuses avec Christophe et Auguste, qui nous ont gentiment fait mettre de côté de quoi nous restaurer à cette heure tardive. Des étoiles plein les yeux, nous tâchons de faire partager notre expérience à Christophe, qui semble avoir très bien pris son échec. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment un échec pour lui, car il a beaucoup appris avec ce projet, et il repartira encore plus fort.

Arrive enfin l’heure d’aller se coucher. Physiquement, je suis vidé, mais je n’arrive pas à dormir tout de suite, trop heureux d’être arrivé au sommet. Les images de cette ascension me reviennent sans cesse à l’esprit. Aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher d’y penser avant de m’endormir. Certains trouveront peut-être ça stupide ou puéril, mais je suis fier d’y être arrivé, je suis heureux d’avoir pu partager ça avec trois personnes formidables, que j’ai vraiment découvertes durant ce séjour, et je n’aspire qu’à une seule chose maintenant, repartir…

Rédigé par L-tz le 02 juillet 2006 | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)

NOTRE BANNIERE



  • Recommandé par des Influenceurs.

juillet 2006

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            

Archives

  • juillet 2006
  • juin 2006
  • mai 2006
  • avril 2006
  • mars 2006

Les notes récentes

  • L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • Mon Mont..... Gris ? (3/3)
  • Mon Mont..... Gris ? (2/3)
  • Mon Mont..... Gris ? (1 / 3)
  • Impressions visuelles
  • Mon Mont-blanc
  • Bravo Sandrine !!
  • Les photos de notre ascension (3/3)
  • Les photos de notre ascension (2/3)
  • Les photos de notre ascension (1/3)

Les commentaires récents

  • Jules Moreau sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • arizéa sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • Joël sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • jennifer guier sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • vincent sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • Isbelle sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • gregory vuarnet sur Mon Mont-blanc
  • gregory vuarnet sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • Hélène sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
  • pac sur L'ascension du Mont-Blanc - La vidéo
Abonnez-vous à ce blog (XML)
Abonnez-vous à mon Podcast