Epilogue
Je viens d'échouer dans ma tentative. Valentin et Eric doivent en être tout proche. Je passe de longues heures à réfléchir, face au soleil, sur la balustrade du refuge du Goûter. Je suis seul, je ne veux parler à personne sinon qu'à moi. J'adresse quelques SMS a mes proches pour leur faire part de la nouvelle : j'ai dû abandonner mais tout va bien.
Je suis fier et orgueilleux. Ils le savent. J'imagine leur tête en recevant mon message. Ils doivent penser que je suis mal, très mal. Ils savent aussi que je n'aurais jamais abandonné si ce n'était pas réellement au-dessus de mes forces. Je reçois leurs réponses. Ils me félicitent pour ce que j'ai fait. "Tu es allé au bout", "Ce que tu as déjà gravi est exceptionnel", "Nous sommes fiers de toi". Oui, mais suis-je fier de moi ? La réponse, c'est Auguste qui va me la donner.
Je rentre dans le refuge. Je m'assois à une table du réfectoire et Auguste vient me rejoindre. Son regard est aussi chaleureux que le foyer d'une cheminée. Il me regarde droit dans les yeux et me propose, si je le souhaite, d'entamer une discussion. Je le souhaite. Il me parle de sa vie, de l'ascension, de son métier de pisteur aux Arcs 2000 l'hiver, de ses 54 ans, de son enfance, de ses enfants, de ses Mont-blanc. Il me parle du sens de l'effort, de l'entraînement, de la réalité, la dure réalité dans laquelle te plonge la Montagne, du guide qui vient de mourir la veille et qu'il connaissait bien. Il m'offre un verre de Genépi. Il me parle comme à un ami. Par ses mots, il me fait retrouver pied et toucher une forme de vérité qui me libère de l'obsession de cette ambition du Mont-blanc.
L'échec que je viens de vivre devient une étape, un passage, une anecdote. Rien d'exceptionnel là-dedans. Si j'ai envie, on y retournera et on y arrivera. Et puis c'est tout. Je réalise que s'il est essentiel de se fixer des objectifs dans la vie, il est vital de ne pas en être esclave.
Ma pensée se libère. Celui qui me confesse n'avoir pas fait beaucoup d'études parce qu'il était fainéant m'offre la possibilité de comprendre le sens de ma démarche par quelques paroles sages. Je n'ai pas atteint cette fois-ci les 4.808 mètres du plus haut sommet d'Europe, mais je me suis mis en marche pour y parvenir. L'entraînement que j'ai suivi, la plus grande hygiène de vie que j'ai observée, tout cela m'a élevé vers ce sommet et c'est tout sauf inutile. La douleur que j'ai ressentie, la tristesse du renoncement et la crainte des effets sociaux de cet échec m'ont beaucoup appris sur moi-même. Tout cela doit être maintenant transformé en énergie positive. Si je ne peux pas me satisfaire de ne pas être allé au sommet, je suis heureux à nouveau d'être là et d'avoir effectué ce chemin, impensable il y a encore quelques mois.
Les heures qui vont suivre vont être consacrées à l'attente de nos camarades. Nous avons dîné. La plupart des gens sont déjà au lit car le réveil du premier service est prévu à 2h00 du matin. Il n'est pas question que nous allions nous coucher sans attendre Valentin, Eric et Michel. L'attente est longue et je commence à m'inquiéter. 21h00 : ils arrivent enfin. Ils sont exténués. Leurs regards sont absents. ILS ONT REUSSI !!! Mes potes ont réussi ! Je suis fier pour eux, sans la moindre arrière pensée, sans la moindre aigreur, sans la moindre jalousie. Je ne suis que fier.
La fin de l'expédition sera merveilleuse. Nous redescendons la falaise de pierre avec une décontraction stupéfiante. Valentin m'impressionne par son sang froid. Eric est le prince de toutes les descentes. Même si je me tors violemment la cheville à quelques encablures de Tête rousse, blessure qui me forcera à descendre dans la vallée au rythme d'un vieillard impotent, je respire, je profite et la découverte du "culing" (la descente les glaciers sur le cul, sur une luge imaginaire) me transporte de joie, comme un gosse au manège.
Nous retrouvons Fred tout en bas. Ses parents sont venus de Lyon pour le soutenir et le réconforter. Nous rendons le matériel de location, nous nous changeons rapidement puis nous déjeunons tous ensemble une sublime entrecôte avant de nous séparer. Je sers la main d'Auguste avec une intensité particulière. Je ne l'oublierai pas.
Objectif-Mont-blanc c'est fini. Ces trois jours auront été exceptionnels et je m'en souviendrai toute ma vie. Eric, Fred et Valentin sont trois mecs superbes avec qui je serais prêt à repartir demain s'il le fallait. Moi je reviendrai et je remonterai au sommet avec Auguste. Il m'a écrit hier pour me dire : "je serai là pour ce voyage".
Maintenant j'en suis certain : I believe I can fly ! Je sais surtout pourquoi.









Décidément, cette aventure nous aura tous marqué. Chacun l'a vécue à sa manière, et ça a été intense pour tout le monde ! Sache que moi aussi je me sens prêt à repartir avec vous, sans aucun problème !!
Rédigé par : l-tz | 07 juillet 2006 à 12:20
Nous sommes tous très fiers de ce que tu as accompli et des réponses que tu as trouvé dans cette aventure... tu nous a soufflé !!
Rédigé par : Valentin | 07 juillet 2006 à 12:34
On part demain ?
Rédigé par : FdM | 07 juillet 2006 à 12:54
que ton aventure te serve pour mener ta vie avec honneur et fierté pour toi et tes proches, oublie les vieilles rancunes libère toi, tu verras la vie en sera plus belle et sereine .Bravo, et pour ce dernier commentaire, salutations à tes 3 amis, ils ont été supers, je leur suis reconnaissante d'avoir été des amis, qui t'ont soutenu.
Rédigé par : mig/mog | 07 juillet 2006 à 14:06
La connaissance de soi passe par les différents échecs que l'on subit dans la vie. La réussite, pour qu'aussi satifaisante qu'elle soit, ne donne aucun renseignement sur soi. Elle aveugle. Comme une courtisane, elle flatte plutôt quelle ne révèle. Cependant la véritable réussite ici a été d'aller le plus loin possible. Vous avez été tous formidables. En fait vous avez tous réussi ! Le but n'était pas "Le" sommet mais votre sommet.
Rédigé par : spinnaker | 07 juillet 2006 à 23:07
Bravo à toute l'équipe pour l'effort, l'engagement, l'authenticité de vos émotions, ce moment de vie et ce récit si bien partager avec les bloggeurs.
Respect ! Respect ! Respect ! Mille fois Respect !
Manu
Rédigé par : Emmanuel Valls - Europe2 | 08 juillet 2006 à 13:32
Merci pour ces messages stupéfiants d'énergie positive.
Nous avons regardé cette expérience avec le coeur, comme le recommande St Exupery.
Rédigé par : Christophe Ginisty | 08 juillet 2006 à 13:58
Bravo à vous tous.
Christophe (comme aux autres) je te recommande de lire une BD magnifique sur le sujet "le sommet des Dieux" de Jirô Taniguchi(dessins) et Yumemakura Baku(scénario).
Rédigé par : pouic | 08 juillet 2006 à 18:58
Auguste c'est un type bien!! lui aussi...Il a tout compris. Félicitations pour ce superbe récit plein d'émotions et encore Bravo à vous 4!!
missJulie
Rédigé par : Missjulie | 08 juillet 2006 à 20:30
merveilleux d'intensité ...
Rédigé par : Sophie Ménart | 08 juillet 2006 à 22:29
magnifique splendide extra etc.... bravo
Rédigé par : lacalobra | 26 juillet 2006 à 07:09