Avant toute chose, je veux dire à quel point le récit de mes camarades m'a touché. Ils ont trouvé les mots justes. Je peux vous assurer que leurs expressions sont réelles. Elles sont tellement vraies que je les avais déjà lues dans leurs yeux. Du coup, ces récits ont provoqué chez moi un sentiment mêlé d'émotion de d'envie de vous raconter Ma vision de l'expédition. J'ai été dans l'incapacité de faire court tellement ce fut intense et inoubliable, aussi vous raconterais-je mon éxpédition en trois temps, et pardon à l'avance de monopoliser cet espace.
Premier jour.
Nous faisons la route depuis Paris. Je donne rendez-vous à Eric Porte d'Orléans. Il arrive, radieux et enjoué malgré les 5 heures du matin. Sa ravissante muse a fait l'effort de se réveiller pour l'amener à notre rendez-vous. Nous allons chercher Fred à sa porte. Nous embarquons pour 600 kilomètres d'une route paisible et bavarde. Ils ne le savent peut-être pas, mais j'accorde une très grande importance à ces premiers moments. Je sais que nous allons vivre trois jours ensemble, que nous allons devoir surmonter des épreuves inévitables. En les écoutant parler, je suis rassuré. Je les aime et ce sont des mecs bien. On ne fait pas que plaisanter et papoter sur les innombrables blogueurs qui ont parié qu'un "gros" de 42 ans comme moi n'irait pas jusqu'au bout, on apprend à se connaître, se sentir, s'apprécier en confiance. Tout va bien. Ma famille aimante s'est émue en me voyant partir ce matin. Ils ont peur pour moi. Je ne ressens pas la peur. Je n'ai jamais peur. C'est un sentiment qui m'est étranger (merci Papa, merci Maman). Depuis quelques heures, je suis heureux de voir que mes deux compagnons de voiture sont à la hauteur.
Nous arrivons plus tôt que prévu à la station des Houches. Il fait un temps magnifique. Le ciel est insolemment bleu et nous invite vers le haut. Nous louons le matériel au pied du téléphérique. Le vendeur est gentiment rougeot et affable. Valentin arrive. Nous sommes au complet, si heureux de nous retrouver. La cordée est prête. Un détour vers le distributeur de billets, un autre vers une sandwicherie qui ne comprendra jamais lequel de nous veut de l'huile d'olive ou de la mayonnaise, puis nous nous habillons après avoir salué l'arrivée de Michel, premier sur le parking. Un regard clair, des yeux qui ne mentent pas, la modestie naturelle de ceux qui ont connu les éléments, les vrais. Nous embarquons dans la cabine du téléphérique. Fred plaisante avec la charmante opératrice qui nous emmène à 1800mètres. Je devine qu'elle en voit des tonnes et qu'elle doit nous prendre pour des "branleurs". Je reste silencieux. Je ne sais pas ce qui m'attend.
Les premiers mètres de randonnée sont émouvants. Nous y sommes. Nous croisons quelques promeneurs qui nous souhaitent une bonne montée. L'un d'entre eux manque de m'écorcher le bras avec la pointe de son piolet qui dépasse un peu trop de son sac. Il n'y a que le t-shirt qui a pris, un accroc franc et béant. Je marche sereinement lorsque rapidement Fred devient le point de focalisation de ces premiers mètres. "Que lui arrive-t-il ?" Il est violet, transpirant, dégoulinant, ne trouve pas son souffle. Il peine et ne fait pas semblant. "Nous n'irons jamais au bout", me dis-je en moi-même. Fred est mal. J'ai mal pour lui. La jeunesse d'Eric trépigne d'impatience. Il est d'abord excédé de cette défaillance précoce avant de compatir comme nous le faisons tous. Je sais que Fred ne s'est pas entraîné. Il n'a pas voulu s'entraîner. J'ai ma théorie. Il a voulu se prouver ce qu'il valait sans entraînement, dans un monde où l'entraînement ne serait qu'un artifice pour masquer la vérité. Quelle vérité ? Il a voulu se tester et se faire mal. C'est héroïque mais en même temps tellement inutile. J'ai de nouveau mal pour lui. C'est fois-ci c'est ma tête qui souffre pour mon camarade défaillant.
Le groupe se dissocie une première fois. Auguste, le deuxième guide, décide d'accompagner Fred à son rythme. Eric, Valentin et moi partons avec Michel à la conquête du premier refuge. Je pense à Fred, je pense à Fred, je pense à Fred... Nous grimpons tranquillement. Assez lentement mais je ne ressens aucune gène particulière, ni physique ni psychologique. Je suis heureux de ne rien sentir d'autre que la fierté d'être là, aux prises avec ce spectacle grandiose. Michel m'apprend un nouveau pas : "Marchez lentement, ne levez pas trop vos jambes, marchez comme si vous étiez fatigués, faites de petits pas, réguliers, sans choc... faites comme si vous étiez fatigués". Je suis fatigué. Levé à 4h30 du matin, insomniaque depuis 3h00, 6 heures de route, quatre heures de montée ininterrompue. J'ai hâte d'arriver au refuge, de voir à quoi ça ressemble un refuge. "Cominsco a sentire la fatiga...C'est possible, votre ami, ne pas regarder ?" Je repense à cette scène mythique des Bronzés font du ski. Ca me fait sourire, c'est plus fort que moi. Nous arrivons enfin à Tête Rousse. Belle montée. Bel effort. J'ouvre la porte du réfectoire. Des dizaines de personnes sont attablées et dégustent un plat de viande en sauce accompagné de pates. Je ne pense plus qu'à ça : manger. Je sais qu'il faudra que j'attende le prochain service dans une heure. Je déteste attendre, je ne sais pas attendre. Je sors dehors, j'ouvre mon téléphone portable pour contacter mes proches et les rassurer. Je me sens tellement bien et je suis heureux. J'ai réussi cette première ascension. Je suis en pleine forme.
Fred arrive enfin. Je ne sais pas quoi lui dire. J'ai envie de l'étreindre pour le féliciter d'être arrivé ici. Je n'ai pas envie d'en faire trop. Je sais qu'il doit souffrir. Je sais qu'on a parfois besoin d'être seul pour souffrir.
Vivement le dîner, vivement la nuit, vivement demain.









Joli... J'ai hâte de lire la suite...
Rédigé par : l-tz | 04 juillet 2006 à 22:43
J'aurais préféré ne pas être le héros malheureux de ce premier opus. Tu dois me raconter le reste maintenant.
Rédigé par : FdM | 04 juillet 2006 à 22:43
C'est sympa une écriture à 4 mains ;)
Rédigé par : Zippy | 04 juillet 2006 à 23:41
La vérité, mais il ont tous du talent ces grimpeurs !
Rédigé par : Jean-Hubert | 05 juillet 2006 à 00:36
Très joli récit... Je n'ai pas encore eu l'occasion de te le dire, mais BRAVO pour ce que tu as réalisé ! Je suis impatiente de lire la suite...
Rédigé par : Valou | 05 juillet 2006 à 09:07
C'est vachement sympa d'avoir le récit selon chaque point de vue ! J'attends la suite !!
Rédigé par : Miss Blablabla | 05 juillet 2006 à 11:37
bravo pour ce récit.
vous êtes tout les trois doués.
J'attends la suite
Rédigé par : denis | 05 juillet 2006 à 11:50
Très sympa et ce n'est que la première partie !
Rédigé par : roycod | 05 juillet 2006 à 15:27
quel bonheur la lecture, l'on vibre bien, et comme c'est bien écrit, sympa et très touchant "merci Papa, merci Maman", jai hâte de lire la suite.
Rédigé par : MIG/MOG | 05 juillet 2006 à 15:37
J'ai hâte aussi ...
Rédigé par : Sophie Ménart | 05 juillet 2006 à 18:00
On dirait bien que tu te defends aussi bien à pied qu'à main. Je m'essssplique : très bon récit, j'avais l'impression d'être dans un livre... Et pourquoi pas d'ailleurs?
Rédigé par : valentine | 06 juillet 2006 à 17:02