Vendredi 23 juin, 7h30. Dans un dortoir du refuge de Tête Rousse. Nous nous réveillons lentement tous les quatre. Nos guides ont pris la décision la veille au soir: "Nous ferons le Mont-Blanc demain pour vous laisser le temps de vous acclimater en vous reposant cette après-midi après notre arrivée au refuge". L'étape du jour consistait donc a priori à rallier le deuxième refuge de l'itinéraire, le refuge du Goûter, qui culmine à 3817 mètres d'altitude.
En nous habillant, nous repensons à la rumeur qui a rapidement gagné tout le réfectoire en fin de soirée : "Armand n'est pas rentré au Goûter, il a dû se passer quelque chose". Nous apprendrons au matin que ce guide de Megève est tombé en redescendant du sommet du Mont-Blanc avec les deux personnes qu'il accompagnait. Ils ont tous trois été retrouvés morts sur le Grand Plateau, après une glissade de plusieurs centaines de mètres parmi les séracs et les rochers...
Un oeil au dehors, le temps est magnifique. Nous surplombons une mer de nuages de laquelle seuls quelques sommets semblent réussir à s'extirper. À 800 mètres au-dessus de nous, nous apercevons le refuge du Goûter. Impossible cependant de repérer à vue l'itinéraire qui y mène. Devant nous, rien d'autre qu'une impressionante falaise de rocailles. Première appréhension. Nous nous équipons, crampons, casques, piolets à la main, nous nous encordons à nos guides. Trois noeuds seulement, au lieu de quatre... Les regards sont fuyants, l'ambiance est lourde. Nous quittons l'un des nôtres pour ne poursuivre qu'à trois cette aventure.
Nous entamons notre marche vers le refuge du Goûter. Première difficulté : la traversée du "Couloir de la Mort", tristement célèbre pour détenir le record du nombre de victimes sur le massif du Mont-Blanc. La trace est étroite et les pierres déboulent dans le couloir à une vitesse ahurissante. Nous faisons quelques mètres en avant, le guide m'arrête net ! Une pierre aussi grosse que le poing vient de passer à un mètre devant nous. Nous accélérons le pas ! Il m'arrête à nouveau, les chutes de pierres s'intensifient. Nous finissons la traversée au pas de course et nous nous abritons sous les rochers de la falaise.
La falaise... Nous y sommes, c'est donc bien par ce mur de pierres qu'il va falloir passer. Nous entamons les premiers mètres, le vertige me prend. Chaque pas donne l'impression de risquer sa vie. Début d'une tension nerveuse qui ne retombera pas avant notre redescente le lendemain. La montée est longue, périlleuse, et fatigante. Chaque obstacle insurmontable est surmonté, l'un après l'autre, au prix d'une concentration et d'une prise sur soi érintantes, trois heures durant.
Il est 12h00, nous gravissons les derniers mètres qui nous séparent encore du refuge du Goûter à la force des bras, accrochés aux câbles installés à cet endroit particulièrement vertigineux de l'ascension, les pieds patinants sur la glace qui recouvre la roche. Encore un effort. Nous y sommes !! 3817 mètres. Nous apercevons en-dessous de nous le trajet emprunté et les cordées qui grouillent parmi la rocaille telles des fourmies. Impressionant ! Il faudra redescendre également...
Nous nous installons à la table du refuge avec Michel et Auguste, pour manger une soupe et reprendre des forces. Auguste discute quelques instants avec Michel et se tourne vers nous. "Écoutez... physiquement je vous sens bien et vous ne serez de toute manière pas mieux demain, le temps est idéal, je vais vous donner un médicament contre le mal des montagnes... On va au Mont-Blanc cette après-midi".
"On va au Mont-Blanc cette après-midi". Cette phrase résonne encore aujourd'hui dans nos têtes comme un coup de fusil... (à suivre).
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merci et bravo ! vous suivre de cette façon est un réel plaisir et bien entendu, j'attends la suite avec impatience...
quelle expérience ! je ne me rendais pas vraiment compte de la difficulté de l'entreprise !
Rédigé par : Danièle Litzler | 29 juin 2006 à 11:59
On ressent et vit par procuration cette merveilleuse aventure qui a été sans conteste une véritable épreuve physique...
Rédigé par : Sibel | 29 juin 2006 à 14:41
Moi qui croyais que c'était une simple ballade.
En tout cas bravo c'est super bien écrit.
La suite vite !!!!!!!!!!
Rédigé par : denis | 29 juin 2006 à 17:01
Merci à tous ! La suite (et fin) demain !!
Rédigé par : Valentin | 29 juin 2006 à 17:14
Le récit est prenant et les photos de plus en plus belles (je les ai regardées en écoutant rise - craig armstrong - space between us).
Rédigé par : Monarchi | 29 juin 2006 à 17:27
S'attaquer à une montagne n'est jamais une simple balade, et le risque zéro n'existe pas. vous avez d'autant plus de mérite, superbes photos !
Rédigé par : Sophie Ménart | 29 juin 2006 à 18:06
...et le 3/3 ?
Rédigé par : Mry | 29 juin 2006 à 19:32
Le 3/3, autrement dit le sommet, c'est demain !!
Rédigé par : Valentin | 29 juin 2006 à 19:34
Les photos sont vraiment superbes, et le récit est prenant !! Encore un grand bravo pour cette folie !
Rédigé par : Miss Blablabla | 30 juin 2006 à 11:01
SUBLIME!! Bravo!
Rédigé par : julie | 30 juin 2006 à 12:49
heu on est demain, je voudrais pas paraitre chiant mais j'aimerais bien lire la suite.
Rédigé par : denis | 30 juin 2006 à 15:41
Superbe , déroutant , et impressionnant , vivement la suite et bravo encore
Rédigé par : BLI | 30 juin 2006 à 16:14